L’APPROCHE CONVERSATIONNELLE
Université d’Osaka
J’enseigne la conversation à des
non spécialistes débutants de 1ère ou de 2ème année, à
raison de 90 minutes par semaine pendant un an dans des classes de 35 à 50
étudiants. Ils ont un deuxième cours
hebdomadaire de grammaire-traduction assuré par un collègue japonais. Les deux
cours ne sont pas coordonnés.
Mon cours s’inscrit dans l’horizon
que lui fixe l’institution dans laquelle je travaille. Si l’étude d’une
deuxième langue étrangère est obligatoire à l’Université d’Osaka, elle est
cependant limitée à deux ans. Pour les étudiants qui viennent d’horizons très
différents, il ne s’agit donc pas d’entreprendre l’étude systématique de la
langue française en vue d’un usage tous azimuts plus tard dans leur vie ou leur
carrière professionnelle mais d’élargir leur culture générale, en faisant l’expérience
concrète d’une langue étrangère. Mon cours se fixe pour objectif de donner à
chaque étudiant les capacités langagières nécessaires pour être capable de
converser sur un certain nombre de sujets.
Reste à créer une situation qui
soit favorable à cette conversation. Il ne suffit pas, comme chacun ne le sait
que trop, d’inviter quelqu’un à parler ou de lui poser des questions. Il faut
d’abord mettre en place un espace conversationnel qui soit favorable à la
parole ; il doit inviter à parler pour dire quelque chose dès
l’ici-maintenant de la classe, par opposition à ces jeux de rôle qui n’ont
de sens que par rapport à un ailleurs et à un plus tard hypothétiques, par
exemple le jour où peut-être un étudiant ira en France. Cet espace doit répondre
encore à l’urgence de parler en mettant vocabulaire et grammaire au service du
sens et en accélérant le passage à la conversation.
J’aborderai ensuite la question
des moyens langagiers à mettre en œuvre. La langue orale n’est pas la langue
écrite ; les critères de correction ne sont pas les mêmes. D’autre part,
la grammaire ne se réduit pas à des normes ; elle offre des ressources
particulièrement intéressante pour la conversation et qu’il importe
d’identifier pour la rendre plus fluide, plus abondante, plus variée.
Et je terminerai par l’évaluation.
L’Université demande une note. L’évaluation, à mes yeux, ne peut pas se
contenter d’être un test repoussé à la fin du semestre, c’est-à-dire
« plus tard », alors que je prétends faire parler mes étudiants « ici
et maintenant ».
1. Un espace conversationnel
1.1.
Parler pour dire quelque chose ici et maintenant
1.1.1. Un
thème général : parler de soi pour que chaque étudiant puisse donner un
sens immédiat à sa parole en français. Un
étudiant parle de sa vie et de ses projets. Il maîtrise donc le contenu
informationnel de sa parole que son partenaire ou son professeur ne peuvent pas
connaître a priori. Cette différence crée un dénivellement favorable à la
communication et justifie questions et réponses.
1.1.2. Une
parole individualisée : elle est souhaitable d’un point de vue
éducationnel mais aussi parce qu’elle est un facteur de motivation.
L’individualisation se fait d’abord au niveau du sens pour exprimer sa
différence mais aussi l’identité quand on partage une situation ou une opinion
avec son partenaire. Cela veut dire qu’on accordera une importance toute
particulière aux embrayeurs conversationnels qui calent la parole d’un étudiant
sur celle de son partenaire.
L’individualisation
se situe aussi au niveau morpho-syntaxique pour élargir la liberté
d’expression et éviter de donner à penser que la langue est un enfermement dans
des formules uniques.
1.1.3. Une parole pondérée par une exigence de vérité
référentielle : mes étudiants ne veulent/peuvent pas dire
n’importe quoi sur eux-mêmes : les mots acquièrent tout de suite une charge émotionnelle qui les
engage. Mais
en même temps, ce poids leur donne une assise ; ce n’est pas du vent
insaisissable et indifférent qui sort de la bouche mais quelque chose de solide
et de concret, aussi solide et concret que celui qui parle. Je constate que
plutôt de recourir à une stratégie d’évitement, la plupart des étudiants
préfèrent batailler avec la difficulté pour dire la vérité ; par exemple
ils s’obstineront à vouloir dire qu’ils ont 21 ans, alors qu’ils pourraient
choisir la facilité et dire sans risques qu’ils ont 20 ans.
Cette exigence de vérité que se donnent les
étudiants est un énorme atout dans leur apprentissage ; elle leur donne la
motivation nécessaire pour surmonter les difficultés qu’ils rencontrent et dire
ce qu’ils veulent dire.
1.1.4. Une
parole en paires et entre pairs : au début du semestre, les
étudiants sont invités à se grouper deux par deux et à garder le même
partenaire au moins tout un semestre ; ainsi l’apprentissage du français
est pour eux l’occasion de faire connaissance. Leur conversation a la forme
d’un échange de questions et de réponses.
Leur langue est celle des jeunes gens de leur âge en France mais
sans grossièretés ni jargon branché ; en 1ère année ils se
tutoient.
Un
avantage du travail par paires est d’être particulièrement bien adapté aux
grandes classes : il donne à tous
les étudiants le temps de parler, alors que par exemple dans une classe de 90
minutes 50 étudiants, qui ne parleraient qu’avec leur professeur, idéalement,
ne pourraient le faire que moins de 2 minutes chacun.
Il est
aussi bien adapté à des étudiants qui ont la réputation d’être timides :
parler à son seul partenaire diminue considérablement le risque de s’essayer à
parler la langue étrangère.
Le travail
du professeur n’est pas de contrôler chaque conversation mais d’abord de
veiller à ce que tout le monde parle abondamment.
1.1.5.
Avec le professeur, une conversation-interview dirigée. Chaque semaine et à la fin du
semestre, les étudiants sont testés en paires. La conversation est donc à
trois ; en 1ère année, on se tutoie. Le dialogue prend la forme
d’une interview que je dirige ; je suis un professeur étranger qui a envie
de connaître ses étudiants. J’interroge les deux partenaires qui répondent à
mes questions. Ceux-ci ne me posent pas de questions parce que cela
m’obligerait à un « jeu de rôle » en contradiction avec l’exigence de
vérité référentielle qui anime leur parole. En revanche, un étudiant après
avoir répondu à une de mes questions, peut la poser à son partenaire (Toi
aussi, hein ? / Et toi ?), et ainsi contrôler à un certain degré le
fil de la conversation : pour rester naturel, cela exige un entraînement
régulier.
1.1.6. Un
tour de parole souple et une conversation fluide : La parole n’est pas
enchaînée dans un dialogue fixe, un tour de parole régulier ou des questions
toujours identiques et dans le même ordre.
Je pose les questions en m’adressant généralement à l’un des deux
partenaires du regard ou du geste ; les étudiants savent donc quand ils
ont à parler. Mais il m’arrive de poser une question aux deux étudiants à la
fois ; l’un doit prendre l’initiative de répondre le premier pour lui-même
(oui, moi j’ai un job) ou pour les deux (oui, on a un job tous les deux /
moi j’ai un job, mais pas lui), et l’autre d’enchaîner au moment opportun.
Chaque partenaire doit bien embrayer ses réponses sur celles du partenaire. Il
m’arrive de couper la parole pour poser une question à l’intérieur d’une
réponse à une première question (à laquelle l’étudiant devra revenir) ou pour
interroger le partenaire.
1.1.7. Une parole rapide et précise : j’attends de mes étudiants
(1) qu’ils répondent
immédiatement
(2) qu’ils répondent à la question posée en embrayant sur sa forme.
1.2. Les sujets de conversation
1.2.1. Les salutations : la conversation commence sur une poignée de mains et les salutations. Je
varie la formule parce qu’une conversation a toujours un degré
d’imprévisibilité même dans l’attendu : Bonjour / Comment ça va ? / Ça
va ? / Bonjour, comment ça va ? / ou encore dans les classes où je
vouvoie : Comment allez-vous ?
Je continue avec une question plus familière : Tu as bien dormi
cette nuit ? / Bien mangé à midi ? Ou avec une remarque sur le
temps, du type : Il fait beau / pas très beau, aujourd’hui, hein ?
1.2.2. Quelques grands sujets : l’identité, la famille (frères et sœurs), la situation à l’université,
les études passées, les études à l’université, la vie d’étudiant, le job
d’étudiant, la gestion de l’argent (budget, revenus, dépenses), l’avenir
(mariage, travail). Tous ces sujets peuvent être la source de très nombreuses
questions ; on peut les faire durer autant qu’on veut. Je n’utilise pas de
manuel parce qu’aucun ne me convient et pour garder ma liberté.
1.2.3. Des questions de formes et portées
variées :
1.2.4. Des réponses abondantes :
1.2.5. Une parole pour tous les goûts :
Il faut prévoir des réponses négatives qui ne soient pas des non secs.
1.2.6. Des menus : il ne suffit pas de poser des questions pour avoir des réponses qui
sortiraient du chapeau des étudiants, il faut leur offrir des choix et des
éléments pour produire des réponses abondantes. Pour une question à laquelle on
peut répondre par oui ou par non et qui appelle une réponse justifiée, je
fournis (avec leurs suggestions quand ils en font) un menu de 4 ou 5 items,
parmi lesquels ils ont à en choisir au moins deux. Soit la question :
Tu as un job ?
D’autres
questions seront posées à ceux qui ont un job. Il faut aussi en prévoir pour
ceux qui n’en ont pas : une réponse même négative doit pouvoir s’ouvrir
sur d’autres questions qui lui sont liées. On pourra toujours demander :
Ah bon, t’as pas de job, pourquoi ? / Tu aimerais en avoir un ? /
Qu’est-ce que tu aimerais faire ?, et proposer un menu de réponses
possibles.
1.2.7. La fragmentation des sujets : certains étudiants ont trop souvent la tentation de rédiger chez eux des
dialogues-types et de les apprendre par cœur ; ils perdent alors toute
flexibilité. Pour la contrer, on peut fragmenter un sujet au lieu de les
traiter en une seule fois, revenir en arrière pour le reprendre là où on l’a
laissé. Ainsi, sur le chapitre de l’argent, on peut commencer (on n’est pas obligé) par les revenus, passer au job
d’étudiant, et revenir sur l’argent avec les dépenses. On aura peut-être déjà
abordé le job dans le chapitre sur la vie d’étudiant ; les questions
d’argent ont aussi un rapport évident avec la vie d’étudiant. On peut combiner
tout ça librement pour sensibiliser les étudiants au caractère fluctuant d’une
conversation.
1.3. L’urgence de parler
Quand on a
un seul cours de conversation par semaine sur un an avec des étudiants
débutants non spécialistes qui ne prolongent pas leur apprentissage au-delà des
deux années obligatoires, on veut les faire parler dès la première leçon.
1.3.1.
Priorité au sens : grammaire
et vocabulaire au service de la conversation
·
Présenter le vocabulaire et les structures
morpho-syntaxiques en flux tendu comme chez Nissan, pour répondre à des besoins langagiers précis et pour un usage immédiat dans la conversation
en cours ;
·
recourir à la grammaire de façon très ciblée ; pourquoi présenter toute la conjugaison d’un
verbe si un étudiant n’a besoin que des deux premières personnes du
singulier ? Et être aussi bref que
possible ; je m’adosse chaque fois que c’est possible aux connaissances qu’ont
mes étudiants de la grammaire anglaise ;
·
être pertinent et
clair : l’explication de Je m’appelle à la 1ère leçon doit être non pas de nature
grammaticale mais conversationnelle : « Voilà ce qu’on dit en
français quand on veut se présenter » ; elle aura l’avantage d’être
brève, claire et immédiatement opérationnelle ;
·
travailler systématiquement les structures syntaxiques qui
augmentent la fluidité et la flexibilité de la conversation ;
·
donner la priorité aux formes
et aux structures simples et productives,
c’est-à-dire réutilisables dans d’autres contextes, mais ne pas renoncer
aux autres ;
·
les recycler toutes les fois que l’occasion se présente mais
en prenant soin de ne pas tomber dans les excès des « exercices
structuraux ».
1.3.2. Priorité
à la conversation : chaque question est présentée avec un menu suffisamment varié pour donner à tous
la possibilité de répondre abondamment.
·
Le menu est rapidement présenté au tableau : jamais
sous la forme de mots indépendants ni de phrases complètes, mais sous forme
d’unités de sens : [vouloir] avoir plus d’argent / [se] faire des copains
/ [avoir] pas de […]cours. Le menu est présenté et expliqué item par item à
toute la classe, répété tous ensemble. A la fin de la leçon, ces items sont recopiés
tels quels dans le cahier.
·
Puis le menu est travaillé par paires : si besoin
est, les étudiants s’expliquent entre eux en japonais les points difficiles.
Puis chacun s’approprie les items de son choix en adaptant ce qui est entre
crochets. Chez lui, l’étudiant retravaillera les questions de la leçon à partir
des notes du cahier.
1.3.3.
Priorité à la mise en bouche : la conversation, si elle veut être
rapide et bien rythmée, ne doit surtout pas passer par le stade de la
rédaction de dialogues. Et s’ils placent bien leurs lèvres, les étudiants n’ont
pas de problème de prononciation particulier.
2. Une syntaxe
pour la conversation
2.1. Une
grammaire de la langue orale
2.1.1. On ne parle pas comme on écrit
A l’oral, la parole est le plus souvent rapide et directe.
Voici quelques exemples :
(1) Tu habites où ça ? -- Ici, à Osaka. Pas d’inversion
du sujet dans la question, et la réponse fait l’économie du verbe quand il
s’agit du même que celui de la question. (2) Tu as des
cours de quoi ? -- D’anglais et de maths. La réponse fait l’économie non seulement du
verbe mais de son complément d’objet direct pour éviter les lourdeurs d’une
répétition ; elle y gagne en rapidité et en clarté.
(3) J’ai pas assez d’argent. L’oral communément fait
l’économie du ne.
2.1.2. La
notion de correction grammaticale est toujours valide
Mais ses
critères ne sont pas exactement les mêmes qu’à l’écrit. On ne peut pas dire
n’importe quoi à l’oral ; par exemple
ne sont pas acceptables des réponses comme
2.2. La
syntaxe des embrayeurs pour flexibiliser la conversation
2.2.1. La
maîtrise des embrayeurs grammaticaux : on a vu que la réponse
fait l’économie du verbe voire du complément d’objet plutôt que de les répéter.
Mais l’étudiant doit cependant
bien saisir la structure de la question
pour embrayer sur la bonne articulation. Soit la question : Tu es étudiant en quoi ? La question porte sur en quoi ? L’étudiant doit embrayer sa
réponse sur la préposition en de la question : en Technologie. Ainsi, la réponse s’accroche bien à la question. Ne sont pas des
réponses grammaticalement satisfaisantes Étudiant en Technologie ou Technologie.
Mais pour
qu’une conversation soit satisfaisante, la simple correction grammaticale ne
suffit pas. La grammaire, ce n’est pas seulement des règles à respecter ;
c’est aussi des ressources à exploiter pour rendre la conversation avec nos étudiants plus flexible et plus fluide et leur parole plus abondante.[MSOffice1]
2.2.2. La maîtrise des embrayeurs
conversationnels : il s’agit des mots comme oui, non, si,
moi, moi aussi, moi non plus, c’est ça, etc. qui
font le lien entre les interventions des interlocuteurs. La gestion élémentaire
du oui et du non , qui n’est pas celle du japonais, est déjà une
difficulté qui demande un entraînement continu. En tout cas, l’étudiant doit
apprendre à écouter avec soin
·
mes questions : Tu as un job ? L’étudiant
devra d’abord bien embrayer sur ma question par un oui : Oui, dans un McDo.
Pour moi, la réponse Dans un McDo
n’est pas satisfaisante parce qu’elle pourrait aussi bien venir après Tu travailles où ça ?
·
et aussi les réponses de son
partenaire : Et toi ? -- Moi
aussi, mais moi je travaille dans un Lawson ; la réplique en écho Oui, dans un Lawson, grammaticalement
correcte, n’est pas satisfaisante sous l’angle conversationnel : elle
ignore ce que vient de dire son partenaire.
2.3.Les modaliseurs pour
personnaliser sa réponse :
-- Tu es pour ou contre la
cohabitation avant le mariage ?
-- Moi, je suis pour ; d’abord parce
qu’on apprend à vivre à deux et aussi
parce qu’on a plus de liberté.
-- Toi aussi ?
-- Oui, moi aussi
je trouve / pense / crois qu’on apprend … ; mais …
2.4. Une
syntaxe de l’abondance
conversationnelle pour
·
S’assurer d’être compris ou insister : Tu es
content de ton job ? --Oui, très content ; je suis très content de mon job.
·
Apporter
une information supplémentaire qui embraye sur la structure de la
question : Tu es étudiant ?
-- Oui, ici à Handai.
·
Développer avec
reprise anaphorique : Tes dépenses, qu’est-ce que c’est ? -- C’est
d’abord mon loyer. Il me coûte 50.000
yen par mois.
·
Confirmer : Ici ? – Oui, c’est
ça, ici à l’Université d’Osaka.
·
Nuancer : Tu es content d’être ici ? –
Oui, très/assez content.
·
Nuancer : -- Oui, très content ; mais
la discipline est trop stricte.
·
Justifier : – Oui, très content, parce que c’est une bonne université.
·
Justifier : -- Oui, très content parce que c’est
une très bonne université et aussi
(parce que) il y a une très bonne ambiance.
·
Hiérarchiser : -- Oui, très content d’abord
parce que c’est une très bonne université ; et aussi parce qu’il y
a une très bonne ambiance.
·
Modaliser : -- Oui, assez content ; mais
je trouve que la discipline est
trop stricte.
·
Généraliser : -- Oui, très content parce que j’ai
du bon temps ; quand on est en fac, on a pas beaucoup de
travail.
2.5. Une
syntaxe pour la variété conversationnelle : des
variations pour exprimer la cause / le but. Soit la question :
Tu as un job, toi, et pourquoi donc ?
3. L’évaluation de la compétence conversationnelle
L’évaluation doit être un système qui encourage les étudiants
à parler dès la première leçon et à progresser régulièrement. Chez moi, 30% de
la note finale vont déjà à l’assiduité et à la prise de notes dans le cahier.
40% vont aux tests hebdomadaires et 30% au test final.Les étudiants sont testés
en paires mais la note est toujours individuelle.
3.1. Le
test hebdomadaire : chez moi, il n’est pas obligatoire ; mais vu
son poids dans la note finale, tous mes étudiants veulent être testés à
chaque cours ; ils sont demandeurs. Ce
test est un important facteur de motivation et encourage un travail régulier.
Il a la
forme d’une mini conversation-interview au cours de laquelle j’interroge
les étudiants par paires puisqu’ils travaillent en paires stables et que le
test final se fera aussi en paires. Il dure moins d’une minute ; il
commence par une poignée de mains et les salutations, puis se poursuit avec des
questions qui portent en priorité sur la matière étudiée la semaine précédente.
Ainsi tous ont l’occasion de me parler en tête à tête pour se faire connaître
de moi au moins une fois par semaine. Ce test a un format différent du travail
par paires puisqu’il se déroule à trois, avec le professeur qui a l’initiative.
En ce sens, il fait toujours partie de l’apprentissage. C’est pourquoi dans la
notation, il faut sans doute équilibrer une exigence de résultats tout à fait
légitime et la part de l’entraînement.
Jusqu’à 40
étudiants, avec un peu d’entraînement, on peut tester tout le monde. Au-delà de
45-50 étudiants, il faut mettre en place un système qui permette de tester les
étudiants au moins un cours sur deux ou mieux deux cours sur trois.
3.2. Le
test final semestriel : il a une durée est de 6 minutes par paire
d’étudiants. Les questions, qui ne sont pas données à préparer bien sûr, portent
sur l’ensemble du semestre. Les sujets de conversation étant poreux, il est
possible de varier les itinéraires. Et comme la matière est abondante, je
cherche à varier les questions d’un étudiant à l’autre et bien sûr d’une paire
à l’autre. Le test commence toujours avec une poignée de mains et les
salutations. Chacun doit essayer de faire trente points : cela veut
dire que questions et réponses doivent
se succéder à un rythme soutenu.
Pour
noter, je tiens compte de l’adéquation de la réponse à la question et de
la correction syntaxique et phonétique : c’est le minimum pour
obtenir un point. Pour faire un point de plus, il faut en plus satisfaire à
l’un des autres critères suivants : la variété des réponses, leur abondance,
leur sophistication morpho-syntaxiques, l’usage des embrayeurs
conversationnels ou des modalisateurs. C’est suffisamment simple
pour pouvoir noter les deux étudiants d’une paire sans grand risque de
s’embrouiller.
Si au bout
de cinq minutes un étudiant fait ses trente points et que son partenaire n’en a
que vingt, je continue de les interroger tous les deux, et non pas seulement le
plus lent, afin que celui-ci ne profite pas indûment de la performance d’un
partenaire excellent.
Conclusion
La culture scolaire de nos
étudiants japonais les pousse à rester silencieux. Mais ils ne demandent qu’à
parler dans un espace conversationnel favorable. Cette approche marche bien
même dans des classes relativement nombreuses, avec un horaire réduit et un
travail à la maison limité.
Mais le professeur reste la source
de la matière langagière et les étudiants, c’est vrai, s’installent dans une
confortable dépendance sous ce rapport. Comment pourrait-on leur communiquer
les moyens et le goût de s’en affranchir ?
[MSOffice1]dévelooper