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Dormir dans le métro

Une enquête simultanée à Paris et à Tokyo

 

Jean-Luc AZRA

Université Seinan Gakuin

À paraître dans Furansugo Furansubungaku Ronshû N°45, 2004, Université Seinan Gakuin, Fukuoka

 

Introduction

Ce travail se situe dans le cadre d’une série de petites recherches que je mène depuis quelques années en collaboration deux autres collègues[i]. L’idée de ces recherches vient du constat simple qu’il existe des différences manifestes entre les habitudes de sommeil des Français et celles des Japonais. Nous[ii] avons cherché à caractériser ces différences et à explorer leurs tenants et leurs aboutissants quant aux habitudes de vie quotidienne, à l’organisation du travail, à la vie familiale, à la notion de couple ou aux relations parents-enfants.

A l’origine, nous sommes partis de la constatation que font de nombreux Français qui arrivent au Japon : un nombre impressionnant de Japonais semblent dormir dans le métro, alors que les Français ne le font qu’extrêmement rarement. De là, nous avons exploré différents autres aspects des habitudes de sommeil. Cependant, bien que nous ayons fait plusieurs petites enquêtes pour déterminer les habitudes de sommeil de chacun, nous n’avons jamais directement vérifié si l’apparente différence de comportement dans le métro reposait sur une réalité. C’est désormais chose faite : pendant deux jours, deux enquêteurs[iii] ont mené simultanément un comptage systématique des personnes somnolant ou dormant dans le métro parisien et dans le métro de Tokyo. Ce sont quelques résultats issus de ce travail qui sont présentés ici.

La conclusion principale est qu’il existe bien une différence massive entre le nombre de personnes qui dorment ou somnolent dans les wagons du métro de Tokyo (39,6%) et dans ceux du métro parisien (9,8%). Cette différence confirme les résultats qui avaient été obtenus par ailleurs. La différence de pourcentage obtenue ne peut être attribué au sexe, à l’âge, à la catégorie sociale apparente des passagers, au taux de remplissage des wagons, ou encore au jour de la semaine ou à l’heure. Elle persiste dans toutes ces dimensions. Il y a certes des facteurs différenciateurs entre Paris et Tokyo (métro souterrain contre métro aérien, différences de températures, etc.) mais il est peu probable que ceux-ci puissent influencer les résultats dans le sens constaté.

D’autres aspects de cette enquête seront présentés également : la proportion d’hommes et de femmes dans le métro aux différentes heures; la question des catégories sociales apparentes; la proportion de personnes qui lisent pendant leur trajet. Ces résultats sont sans rapport directs avec le sommeil mais ils peuvent éventuellement venir appuyer de futures recherches sur les habitudes quotidiennes comparées des Français et des Japonais.

 

1. L’origine de cette recherche et quelques résultats antérieurs

Cette recherche a commencé quand nous avons constaté la surprise des Français qui vivent au Japon, face à certaines attitudes japonaises concernant le sommeil. Cette surprise porte d’abord sur le fait que beaucoup de Japonais dorment ou somnolent dans les transports en commun. Elle se prolonge quand les enseignants français constatent que certains étudiants dorment dans les locaux de l’université ou même en cours. Enfin, cette surprise se change parfois en gêne lorsque les Français comprennent que beaucoup d’enfants japonais dorment dans la même chambre que leurs parents, et parfois sur le même futon. Et pourtant, ces attitudes ne sont pas complètement exclues en France : on y voit des gens dormir ou somnoler dans les trains ; il arrive que des étudiants dorment en classe ; il n’est pas rare que de petits enfants dorment dans la même chambre que leur parents, et dans certains cas, les enfants français rejoignent parfois aussi les parents dans leur lit. D’où vient donc la surprise des Français qui s’installent au Japon ?

Nous nous sommes dit que cette surprise portait sur le détail des circonstances dans lesquelles les gens dorment en public ou en famille[iv]. Dans un premier article, nous avons fait quelques suppositions, et dans un second article nous avons présenté une enquête pilote destinée à confirmer ou à infirmer ces suppositions[v]. Cette enquête nous a apporté un certain nombre de résultats significatifs. Dans les limites de notre échantillon (qui concernait exclusivement des étudiants français et japonais), nous avons pu conclure :

n         qu’il existe une différence entre Français et Japonais en ce qui concerne la durée du temps de sommeil nocturne (les Français dorment de l’ordre d’une heure de plus par nuit, ce qui explique qu’ils aient moins besoin de sommeil diurne) ;

n         qu’il existe des différences entre les comportements des Français et Japonais en ce qui concerne le sommeil dans les lieux publics (la majorité des Japonais y dorment très régulièrement, la majorité des Français, jamais) ;

n         et enfin, qu’il existe des différences entre Français et Japonais en ce qui concerne le sommeil familial : les enfants français disposent beaucoup plus souvent et beaucoup plus tôt d’une chambre personnelle ; il ne partagent pratiquement jamais le lit de leur parent (contre un tiers des enfants japonais de trois ans). Nos étudiants français comptent faire dormir leurs futurs enfants pendant la nuit dans une pièce séparée en moyenne quatre ans et demi plus tôt que nos étudiants japonais ; enfin, il ont une conception du couple qui interdit de dormir séparément, même après vingt ans de vie commune, alors que les deux tiers de nos étudiants japonais n’y voient pas un problème.

Ces résultats nous ont permis de donner une confirmation préliminaire aux deux grandes tendances que nous avions déterminées dans notre article précédent :

(1) les Français, plus que les Japonais, tendent à favoriser une division du temps en deux blocs : nuit et sommeil d’une part, jour et veille d’autre part ;

(2) les Français, plus que les Japonais, conçoivent le sommeil comme quelque chose de lié à la sexualité, ou en tout cas à l’intimité.

Ces deux points expliquent que de façon générale, les Français tendent à moins dormir dans la journée et en présence d’inconnus.

 

Comme dit précédemment, notre travail sur les habitudes de sommeil comparées des Français et des Japonais a trouvé sa première inspiration dans la surprise que les Français ressentent à leur arrivée au Japon, lorsqu’ils constatent que de nombreuses personnes dorment (ou semblent dormir) pendant leurs trajets dans les transports en communs. Notre enquête pilote auprès des étudiants incluait une question sur ce point (tableau 1) :

 

Tabl. 1 : Vous arrive-t-il de dormir dans les transports en commun :
train de banlieue, RER, bus, métro… ?

 

Japonais

Français

Tous les jours

16 (17.6%)

6 (13.6%)

Une ou deux fois par semaine

20 (22.0%)

6 (13.6%)

Une ou deux fois par mois

25 (27.5%)

3 (6.8%)

Une ou deux fois par an

15 (16.5%)

6 (13.6%)

Jamais

15 (16.5%)

23 (52.3%)

Les résultats de cette question montraient une différence entre les Japonais et Français, mais beaucoup moins nette que ce à quoi nous nous attendions. Par comparaison, 51.7% de nos étudiants Japonais déclaraient dormir dans des lieux publics très régulièrement (tous les jours ou une ou deux fois par semaine) alors que 61.4% des étudiants français déclaraient n’y jamais dormir.

Néanmoins, on voit que plus de Japonais que de Français déclarent dormir très régulièrement (tous les jours ou une ou deux fois par semaine) dans les transports en commun (39.6% contre 27.2%). De plus, 52.3% des Français de notre échantillon déclarent ne jamais dormir dans les transports en commun, contre seulement 16.5% pour nos Japonais.

Ces résultats confirmaient en partie ce que nous pensions mais nous n’avions jamais vérifié directement s’il y avait une différence statistique réelle entre la France et le Japon. J’ai voulu faire cette vérification en procédant à un comptage des gens qui dorment ou semblent dormir dans le métro. Cette enquête n’étant qu’un travail de complément et de vérification de ce que nous savions déjà, il n’était pas question de faire une enquête d’envergure sur toutes sortes de transports en communs dans toutes sortes de villes. Pour des raisons pratiques, je me suis borné à établir la différence de comportement entre les usagers du métro parisien et ceux du métro de Tokyo[vi].

 

2. Les conditions de l’enquête dans le métro ; le formulaire d’enquête

Comme il s’agit du sommeil diurne, et qu’on peut supposer que celui-ci est aussi lié à l’état général de fatigue des personnes, j’ai tenté de neutraliser de façon simple les conditions les plus générales de fatigue (période de l’année, jour de la semaine, heure de la journée) en menant l’enquête les mêmes jours et aux mêmes heures de la journée à Paris et à Tokyo. Décalage horaire mis à part, l’enquête a donc été menée simultanément dans les deux villes.

Dominique Ea, ma collaboratrice pour ce travail, s’est rendu dans le métro parisien le lundi 19 et le mardi 20 novembre 2001, les deux jours de 7 heures à 11 heures; elle a pris les lignes 1 (Château de Vincennes – La Défense) et 4 (Porte de Clignancourt - Porte d'Orléans) dans les deux sens (cependant, elle n’a pas noté dans quel sens elle a pris les trains ni à partir de quelle heure précisement elle a effectué le trajet en sens inverse). Il faut environ une demi-heure pour aller d’un bout à l’autre de chacune de ces lignes. Le choix de ces deux lignes, qui traversent Paris du Nord au Sud et d’Est en Ouest, était destiné à obtenir un mélange de classes socio-professionnelles. En effet, les niveaux sociaux sont très inégalement répartis selon les quartiers de Paris, et le choix d’une seule ligne aurait pu donner une image biaisée des usagers du métro parisien.

En ce qui me concerne, je me suis rendu ces deux mêmes jours aux mêmes heures dans le métro de Tokyo (mais j’ai dû m’interrompre le lundi 20 entre 8 et 9 heures). Nous avons noté des informations sur le comportement et l’apparence de 650 personnes à Paris, et de 797 personnes à Tokyo.

À Tokyo, j’ai emprunté la seule ligne Yamanote, dans les deux sens, en changeant de sens tous les vingt à trente minutes. Il s’agit d’une ligne circulaire bien connue, qui appartient au réseau des trains de Tokyo mais qui fonctionne comme un métro aérien. Elle croise pratiquement toutes les autres lignes de train ou de métro qui desservent le centre de Tokyo. Comme elle fonctionne en boucle et qu’il faut environ une heure pour en faire le tour, on y reste au maximum une demi-heure, ce qui est l’équivalent du temps maximum qu’on peut passer sur une des lignes parisiennes choisies. Ainsi, le fait que les passagers s’endorment plus dans une ville que dans l’autre ne peut être attribué au temps passé sur la ligne, pour ces lignes en tout cas.

La principale différence entre la ligne Yamanote et les lignes parisiennes 1 et 4 tient au fait que la ligne Yamanote est aérienne. Le jour s’étant levé à 6h20 le lundi 19 et à 6h21 le mardi 20 novembre 2001, on voyait donc la lumière du jour dans les wagons dès les premiers instants de mon enquête. Cependant, ce facteur, s’il a une influence, devrait plutôt agir dans le sens du réveil ; or une proportion beaucoup plus importante de personnes dormaient ou somnolaient sur la ligne Yamanote que sur les lignes parisiennes choisies, qui sont souterraines. On peut donc supposer que le facteur d’éclairement n’est pas pertinent.

Un autre facteur qui peut faire une différence est la température. Malheureusement, nous n’avons pas mesuré précisément la température dans les wagons. À Paris le lundi 19 novembre 2001, il faisait au dehors entre -1 et 4 degrés. Le lendemain, il faisait entre 2 et 5 degrés. La plupart des gens portaient des manteaux ou des blousons ; beaucoup avaient une écharpe, et parfois des gants. Les wagons du métro parisien ne sont pas surchauffés ; il devait y faire entre 18 et 22 degrés. En ce qui concerne la situation à Tokyo, je n’ai pas noté la température extérieure exacte mais la moyenne saisonnière est de 9 à 17 degrés. Il faisait assez froid le matin, mais les gens n’étaient pas spécialement couverts. Les hommes, souvent en costume et cravate, ne portaient pas de vêtements lourds. Il se trouve aussi que les Japonais sont en général beaucoup moins couverts que les français en hiver. La température dans les wagons n’était pas spécialement chaude non plus. Je pense qu’elle se situait aussi entre 18 et 22 degrés. La ligne étant aérienne et les portes s’ouvrant environ trente secondes toutes les minute et demie, l’air froid du dehors entrait constamment. On ne peut donc pas attribuer la forte proportion de gens endormis ou somnolents à une température excessive.

Les deux enquêteurs ont utilisés des cahiers-formulaires composés d’une centaine de feuilles A4 pliées en deux. Ces formulaires ont été testés une première fois dans le métro de Fukuoka et à Paris pour vérifier s’ils étaient utilisables, et ont été quelque peu modifiés avant de trouver leur forme définitive.

Sur chaque feuille définitive, on pouvait noter le nom de la ligne, le jour, l’heure, le nombre de personnes debout, le nombre de personnes assises, et des informations pour dix personnes. Ces cahiers devaient être suffisamment discrets pour ne pas provoquer la suspicion des passagers et risquer de mettre les enquêteurs en danger. À Paris surtout, il y avait un risque pour que des passagers, se méprenant sur le sens de l’enquête, s’en prennent à l’enquêtrice. Il fallait également que les informations pertinentes puissent être notées de façon rapide et sans erreur. A l’exception de l’origine apparente des passagers, les informations étaient écrites de façon explicite sur les formulaires. Les enquêteurs n’avaient qu’à cocher les parties pertinentes. 

Les informations concernant les personnes étaient les suivantes :

 

n         Yeux fermés tête droite – yeux fermés tête penchée

Il s’agissait en effet de déterminer si les personnes somnolaient simplement ou dormaient vraiment. En effet, les Français s’étonnent toujours de ce que les Japonais dorment mais les Japonais soutiennent en général qu’il ne font que somnoler. Comme il n’était pas question pour cette enquête de demander explicitement à chaque passager ce qu’il faisait, ni de s’en assurer par un moyen vraiment fiable, j’ai choisi de me baser sur l’attitude corporelle, faute de mieux. J’ai considéré qu’un passager qui avait les yeux fermés et la tête droite somnolait. En effet, il est impossible de garder la tête droite si on dort vraiment. Par ailleurs, j’ai estimé qu’un passager qui avait la tête penchée de façon nette, soit en avant, soit en arrière, soit sur le côté, était déjà plus ou moins en état de sommeil. En effet, il me semble que tant qu’on est encore conscient de sa position assise, on ne penche pas volontairement la tête en avant, en arrière, ou vers son voisin de siège. La tête commence à pencher quand on est gagné par le sommeil. Ce sont sur ces critères que les deux enquêteurs ont estimé la proportion de personnes qui somnolaient et la proportion de celles qui dormaient.

 

n         Parlant – lisant – écrivant

Cette information n’avait pas de rapport direct avec le sommeil mais il me paraissait intéressant de la recueillir au passage. En effet, il me semblait que, bien que le Japon compte plus de lecteurs que la France, plus de gens lisent en France dans les transports en commun. Je voulais vérifier cette impression.

Je ne tiendrai pas compte ici des résultats pour « parlant » et « écrivant ». Il y avait aussi quelques personnes qui écoutaient de la musique avec un walkman. Nous l’avons en général noté, mais je n’en tiendrai pas compte non plus dans ce qui va suivre.

 

n         Livre – journal – magazine – mots croisés – textos[vii]

Cette information complétait la précédente au sujet de la lecture. Je ne l’ai pas encore dépouillée et je n’en tiendrai pas compte ici. 

Venaient ensuite deux groupes d’informations répondant à une tentative de cerner la catégorie socio-professionnelle (ou, en d’autre termes, le groupe social ou la catégorie sociale). En effet, je voulait voir si la variable sommeil dans le métro en dépendait peu ou prou. Je voulais aussi voir au passage s’il existait des différences entre les catégories sociales en ce qui concerne la lecture. Enfin, je voulais savoir s’il était possible de distinguer des catégories sociales par l’apparence, et de le faire sur les mêmes critères en France et au Japon.

Le premier groupe d’informations était le suivant :

n         Cravate – Attaché-case – Veste + pantalon assorti – Tailleur strict ou costume – talons fins – carré soie

Chacun de ces critères devait permettre de discriminer les personnes de catégorie supérieure ou moyenne-supérieure, aux revenus relativement élevés.

Le second groupe d’informations était le suivant :

n         Sac plastique – tache – trou – déchirure – cuir abîmé

Chacun de ces critères devait permettre de repérer les passagers de catégorie moyenne-basse ou basse, aux revenus limités ou proches de l’état de pauvreté.

Tous les usagers qui ne correspondaient à aucun de ces deux groupes étaient censés représenter une catégorie intermédiaire moyenne. Malheureusement, il s'est avéré que l’enquêtrice parisienne a eu beaucoup de mal à noter ces informations, pour deux raisons : la première est que beaucoup de passagers portaient des manteaux ou des écharpes qui cachaient cravates, tailleurs, etc. Beaucoup de femmes portaient des bottes plutôt que des chaussures à talons fins. La seconde est que chaque jour jusqu’à 8 heures ou 8 heures et demie, les trains étaient trop bondés pour pouvoir observer, en particulier, les sacs et les chaussures. J’ai rencontré, dans une moindre mesure, ce même problème à Tokyo. Il en résulte que la catégorie intermédiaire ne peut être prise en compte. En effet, elle regroupe à la fois des gens qui ne répondent à aucun des deux critères extrêmes, mais aussi des gens qui y répondent mais dont nous n’avons pas pu noter l’apparence vestimentaire. En revanche, les cas des personnes qui répondent aux critères extrêmes peuvent être comparés entre eux.

Vient ensuite une troisième catégorie, qui n’était pas sur le formulaire mais qui s’est imposée aux deux enquêteurs :

n          « Étudiants » : collégiens, lycéens, autres étudiants

Cette catégorie peut être considérée comme un groupe social à elle seule et peut être comparée aux deux groupes extrêmes évoqués précédemment.

 

Viennent ensuite des informations sur l’âge, le sexe, et l’origine apparente des passagers :

n         0 à 29 ans – 30 à 49 ans – 50 ans et plus

Comme il s’agissait d’estimer l’âge d’un regard, il n’aurait pas été réaliste de distinguer des catégories plus précises.

n         Femme – Homme

Cette information était évidemment la plus facile à relever, mais il est arrivé (très rarement) que j’ai oublié de la noter. Les chiffres donnant des proportions par sexe se basent sur les totaux de personnes pour lesquelles l’information est disponible. 

n         N – A – E

Cette information était la seule qui n’était pas notée de façon explicite, afin de ne pas risquer de choquer un passager parisien qui aurait pu la lire par dessus l’épaule de l’enquêtrice : elle correspondait à « Noir », « Asiatique » et « Européen / Autre ». En effet, considérant la force proportion d’étrangers dans le métro parisien, il m’a paru intéressant de voir s’il existait des différences de comportement relatifs au sommeil et à la lecture. Par ailleurs, il m’avait semblé autrefois que les personnes qui dormaient ou somnolaient dans le métro parisien étaient plus souvent des Asiatiques ; sentiment qu’une autre Française m’a dit partager. Il me paraissait intéressant de voir si nos impressions étaient fondées. En ce qui concerne les catégories choisies, elles reposaient sur les critères les plus faciles à déterminer. J’ai exclu une catégorie « Nord-Africain » car il n’est pas objectivement possible de déterminer l’appartenance à cette catégorie sur la seule apparence physique.

 

n         Les critères correspondant au taux de remplissage des wagons

Il était intéressant de chercher à savoir s’il existait une corrélation entre le nombre de personnes qui somnolent ou dorment et le taux de remplissage des wagons. Pour le vérifier, j’ai établi le pourcentage de personnes qui somnolent ou dorment pour chaque groupe de personnes assises étudié, dans un wagon donné. J’ai comparé ce pourcentage au nombre de personnes debout. En effet, il est difficile d’établir un indice unique de remplissage des wagons étant donné que la forme des wagons, la disposition des sièges et le nombre maximal de passagers debout et assis est différent pour Tokyo et Paris. De plus, à Paris, la géométrie des wagons est variable puisque 32 strapontins permettent de modifier le nombre de places assises. Ainsi, pour chaque ville prise séparément, le nombre de personnes debout m’a semblé l’indice le plus stable de remplissage. Par exemple, pour un certain wagon pris entre 9 heures et 10 heures le lundi 19 novembre 2001 à Tokyo, sur un groupe de vingt personnes, 12 (60%) somnolaient ou dormaient. Sur ce wagon, toutes les places assises étaient occupées et 46 personnes se tenaient debout. J’ai porté sur des graphes en abscisse le nombre de personnes debout, en ordonnée la proportion de personnes qui dorment ou somnolent parmi les personnes assises étudiées. Pour Paris, il n’apparaît aucune corrélation entre le nombre de personnes qui dorment ou somnolent et le taux de remplissage des wagons (figure 1).  

 

Pour Tokyo, il existe peut-être une corrélation au-dessus de 30 personnes debout, c’est-à-dire à partir du moment où le train commence à se remplir (figure 2) : quand il y a beaucoup monde dans le wagon plus de gens tendent à somnoler ou à dormir. Il faudrait confirmer à l’aide d’un logiciel d’analyse statistique si cette corrélation est significative. Si elle était confirmée, elle pourrait confirmer le soupçon selon lequel fermer les yeux, dormir ou somnoler dans le métro sert aussi à s’isoler des autres personnes.

Par comparaison, il n’y a aucune corrélation entre le nombre de personnes qui lisent et le nombre de personnes debout, ni à Paris ni à Tokyo (figures 3 et 4).  

   

Nous allons maintenant aborder les différences que l’on peut relever entre Tokyo et Paris.

 

3. « Dormir dans le métro » : un lundi et un mardi ordinaires à Tokyo et à Paris

 

Tabl. 2 : proportion de personnes qui “dorment”, “somnolent” ou lisent dans le métro

Tokyo (797)

 

dorment

somnolent

dorment ou somnolent

lisent

 

Total

N

%

N

%

N

%

N

%

Total

797

206

25.8%

110

13.8%

316

39.6%

210

26.3%

lundi

7h

129

42

32.6%

18

14.0%

60

46.5%

44

34.1%

8h

(pas de données)

9h

124

40

32.3%

19

15.3%

59

47.6%

28

22.6%

10h

145

21

14.5%

12

8.3%

33

22.8%

35

24.1%

mardi

7h

70

19

27.1%

8

11.4%

27

38.6%

27

38.6%

8h

150

55

36.7%

28

18.7%

83

55.3%

30

20.0%

9h

80

21

26.3%

7

8.8%

28

35.0%

26

32.5%

10h

99

8

8.1%

18

18.2%

26

26.3%

20

20.2%

 

Paris (650)

 

dorment

somnolent

dorment ou somnolent

lisent

 

Total

N

%

N

%

N

%

N

%

Total

650