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LA CARTE DE CRÉDITS

    
Louis BENOIT
Université d'Osaka
 

La Carte de Crédits, après l'en-tête, comporte plusieurs parties que nous allons examiner successivement.

1. IDENTIFICATION DE L'ÉTUDIANT

 
Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi 1 2 3 4
Monsieur  Mademoiselle
Nom de famille
Prénom
N° de téléphone
Date de naissance
N° d'étudiant
 
     

Cette partie sert à établir l'identité de l'étudiant titulaire de cette Carte de Crédits. De plus, elle me permet de savoir à laquelle de mes classes il appartient en mettant en évidence le jour du cours que je fais suivre du numéro de la période.
    Mais en fait cette partie n'a pas qu'une fonction administrative ; ainsi je n'ai pas besoin de la date de naissance ni du numéro de téléphone de mes étudiants pour les identifier ou pour les contacter en dehors de la classe. Cette partie a donc une autre fonction liée cette fois à la conception de mon cours et sur laquelle il me faudra revenir.

2. PRÉSENCE ET CRÉDITS HEBDOMADAIRES
 
 

    

Ce grand rectangle est divisé en quinze cases même si je n'en utilise en fait qu'une douzaine dans un semestre. Chacune des cases correspond à un cours ; j'y porte deux types d'information sous la forme de coups de tampons :

                a. La présence : plus besoin de perdre du temps à faire l'appel dans le brouhaha ou en suspendant le cours des activités ; je passe dans les rangs pendant que les étudiants sont occupés à faire quelque chose et je tamponne leurs cartes sans les déranger et sans perdre de temps. Je peux choisir très librement à quel moment dans la période faire ce contrôle, au début, au milieu ou à la fin ; quant aux retardataires, leur cas est réglé en un clin d'œil si je décide de les considérer comme présents. Enfin, il me suffit de jeter un coup d'oeil sur sa carte pour savoir si un étudiant est assidu,  identifier quels cours il a manqués et le mettre en face de ses responsabilités. Rapidité et efficacité donc du contrôle de l'assiduité.

                b. Les tests hebdomadaires : pas besoin de notes. Quand le test est excellent, je mets deux coups de tampons, et un seul s'il est moyen ; enfin s'il n'est pas satisfaisant, je ne mets rien. Je teste toutes les semaines pendant la première demi-heure du cours et dans les quinze dernières minutes pendant que les étudiants recopient dans leur cahier les notes du tableau. Ce système marche encore avec des classes de quarante ! Le test porte sur la leçon de la semaine précédente ; il a le ton d'une conversation où étudiant et professeur sont assis côte à côte ou face à face, même s'il a la forme d'un questionnement ; il est très rapide : hésitations ou silence se soldent immédiatement par un échec. C'est qu'il faut encourager un travail de qualité et non pas l'à-peu-près. De plus, comme les étudiants ne prennent que volontairement ce test et comme la demande est très élevée, je dois être en mesure de tester tous ceux qui sont volontaires. Pourquoi le volontariat ? Pour responsabiliser les étudiants. Et ça marche, parce rares sont ceux qui ne prennent pas le test même si un certain nombre retournent à leur place sans crédits. Et c'est une grande satisfaction pour le professeur que de voir ses étudiants quitter leur manteau d'inertie pour venir à lui et lui parler en français, de leur propre mouvement, sans traîner les pieds et pour un bon nombre avec un plaisir évident.
    Là encore, un seul coup d'œil me suffit pour savoir où en est un étudiant et au besoin le mettre en face de ses responsabilités.
    Bien entendu, j'utilise des tampons différents par la forme, la couleur et la taille afin de distinguer présence et tests hebdomadaires.

3. LE TEST FINAL DU SEMESTRE

     Le test final, qui met face à face étudiant et professeur, est oral seulement et consiste en un questionnement qui prend en compte tout le cours du semestre. Il met en jeu à la fois compétences de compréhension et d'expression orales puisque pour répondre à une question, un étudiant doit au préalable l'avoir comprise. Cette interrogation doit avoir les dehors et l'allure d'une conversation et non pas de  l'interrogatoire  d'un supplicié. Le cours  a donné à l'étudiant les moyens de répondre à mes questions ; je ne lui demande donc pas d'improviser des réponses sur des thèmes ou avec du vocabulaire et des structures syntaxiques qu'il n'aurait pas expérimentés avec moi. Mais d'un autre côté, je ne lui donne pas non plus de temps pour préparer des réponses à des questions que je lui aurais soumises avant le test. Si l'étudiant a une idée de ce dont on va peut-être parler, en revanche parmi tous les thèmes possibles, il ne sait pas ( moi non plus ) lesquels nous allons aborder ni dans quel ordre ; et dans un thème donné, il ne sait pas quelles questions je vais poser. Il ne sait pas par quoi je vais commencer ni quel tour va prendre la conversation. Ce test demande donc de lui une grande flexibilité et de la présence d'esprit ; il n'a pas le temps de penser en japonais, et s'il se le donne , il est perdu. Le par-cœur mécanique n'est pas non plus d'un grand secours ; l'effort de mémoire que je demande est  plus subtile parce qu'il doit se glisser un tant soit peu dans l'intelligence de la langue et du thème.

 

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Sous nos yeux, les miens et ceux de l'étudiant, je dispose d'un carré composé de trente cases ; j'en coche une chaque fois que j'obtiens une réponse globalement satisfaisante tant au niveau de la prononciation, de la grammaire que du sens. Chronomètre en main, je donne quatre minute  pour répondre si possible à trente questions, auquel cas l'étudiant obtient la note maximale de 30 ; s'il ne répond qu'à vint-cinq questions, il a 25. Cette notation est facile à conduire et ne nécessite pas de calculs compliqués ; à la fin du test, un seul  coup d'œil au tableau nous donne, à l'étudiant et à moi, sa note.  Il arrive qu'une question suscite une réponse complexe ; dans ce cas, je coche deux cases, voire très exceptionnellement trois. Je peux doser la difficulté des questions ; faciles au début pour mettre l'étudiant en confiance, elles deviennent plus difficiles par la suite. Quand l'étudiant ne peut pas donner de réponse parce qu'il n'a pas compris la question, je la reformule ; mais quand c'est parce qu'il ne sait pas comment y répondre, je laisse passer un certain temps avant d'en poser une autre sur un autre sujet ; dans tous les cas, il paie son ignorance en temps perdu. Au total , rapidité, simplicité et flexibilité. Et, je crois, une objectivité satisfaisante ; jamais aucun étudiant n'a contesté la note de son test.

4. LE CALCUL DE LA NOTE FINALE

 
%
Notes
CAHIER
10
-
PRÉSENCE
20
-
TESTS HEBDOMADAIRES
40
-
TEST FINAL
30
-
TOTAL
100
-

        Pour son calcul, je prends en compte quatre éléments pondérés de la façon suivante :

a. La tenue du cahier, notée sur 10 : c'est le seul support écrit du cours, en l'absence de tout manuel ; en conséquence, il importe qu'il soit bien tenu. Je veux un cahier, pas des feuilles volantes, complet, propre et sans fautes ; une nouvelle leçon doit toujours commencer en haut de la page avec la date à la française. La page de gauche est consacrée aux seules notes recopiées du tableau ; la page de droite est laissée à la disposition de l'étudiant qui peut y écrire ce qu'il veut dans la langue de son choix. Je me suis aperçu que la plupart des étudiants ont un besoin irrépressible d'écrire leurs propres "choses" ; en reconnaissant à ses dernières un espace particulier dans le cahier, j'évite qu'elles ne viennent "polluer" avec leurs erreurs les notes relevées du tableau. Ces notes, je les y écris au fur et à mesure du cours ; ce ne sont jamais des phrases complètes mais des bribes pas toujours disposées de façon ordonnée pour éviter le par-cœur mécanique et ses pétrifications. A la maison, l'étudiant doit donc reconstruire le cours et s'approprier des points de langue qu'il a déjà, il est vrai, expérimentés en cours avec son partenaire.

b. La présence, notée sur 20 : elle est obligatoire et une absence fait perdre 3 points. La présence est nécessaire parce que les notes recopiées du cahier d'un ami sont difficilement exploitables si l'on n'est pas soi-même venu en classe : en assistant régulièrement au cours, un étudiant se constitue une compétence langagière qui dépasse largement le contenu parcellaire du cahier. Si la présence compte pour près du tiers de la note finale, ce qui peut paraître élevé, c'est pour encourager un travail régulier dans le semestre, régularité dont certains étudiants ne mesurent pas toujours l'importance dans l'apprentissage d'une langue.

c. Les tests hebdomadaires, notés sur 40 : le meilleur score dans la classe ( celui qui a le plus de tampons ) a le maximum ; la note des autres est calculée par une règle de trois. A ce niveau-là, les étudiants sont en compétition et ont un intérêt direct à ne pas relâcher leur effort pendant tout le semestre. Ils entrent pour près du tiers de la note finale, là encore, pour encourager un travail régulier.

d. La note du test final, sur 30.

5. LES AVANTAGES DE CE MODE DE CALCUL

    Ce système de calcul présente les avantages suivants :

  •  dans un contexte où la note minimale est de 60 et où le redoublement doit être l'exception, il limite bien les échecs mais les identifie sans appel ni états d'âme ; 
  •  il discrimine bien entre les meilleurs, le gros de la troupe et la queue du peloton ; 
  •  il rend accessible le décile supérieur à un nombre d'étudiants encourageant ; 
  •  il encourage un travail régulier tout au long du semestre ;  
  •  il est transparent : il est facilement compris de l'étudiant qui en suit le développement leçon après leçon ; et à tout moment dans le semestre, ce dernier peut voir où il en est. Enfin après avoir reçu sa note de cahier,  il calcule lui-même ses différentes notes et sa note finale. 
  •  un bon étudiant qui a un accident au test final n'est pas condamné ; 
  •  un étudiant qui n'a pas un bon score aux tests hebdomadaires mais qui a été assidu, peut encore espérer éviter le naufrage grâce au test final ;  
  •  en simplifiant les calculs et en en confiant la charge aux étudiants concernés, il réduit les risques d'erreurs. Il fait gagner du temps en supprimant de longues et multiples vérifications : une seule, très rapide, suffit ; 
  •  connaissant sa note finale pour l'avoir calculée, un étudiant est en mesure de prendre normalement l'initiative de me signaler une éventuelle erreur de report sur son bulletin de notes officiel pour qu'elle soit corrigée sans délai. De telles erreurs arrivent. 


6. LES AVANTAGES DE LA CARTE INDIVIDUELLE SUR LE CARNET DE NOTES

  •  Chaque étudiant a la charge de conserver sa Carte de Crédits ; ainsi, il peut mesurer à tout moment s'il le désire, chez lui ou même dans le train, sa progression ou le terrain qu'il perd. Ses progrès ou son retard, rendus visibles sur la Carte, l'encouragent à continuer son effort ou à réagir. D'autre part, il est dans l'obligation de l'apporter au cours s'il veut passer le test hebdomadaire. Bon gré mal gré, au moins une fois par semaine, il est confronté à ses résultats, promesse d'une carotte ou d'un coup de bâton final. Enfin, comme je n'en possède pas le double, s'il perd sa Carte, un étudiant est menacé de perdre tous ses crédits. La négligence a un prix très dissuasif, preuve en est que le cas se présente très rarement.  
  •  Souvent à la fin du semestre, la liste de votre carnet de notes ne correspond plus à la liste officielle sur laquelle vous devez reporter les notes finales, autre source d'erreurs ; il me suffit de classer mes cartes dans le même ordre que celui de la liste officielle pour éliminer les erreurs de report. 
  •  A la fin du semestre, après le calcul de la note finale, je ramasse toutes les cartes et les conserve en cas de réclamation ; une Carte est beaucoup plus parlante qu'un alignement de notes cabalistique sur un Carnet classique. La conservation de ces Cartes, regroupées par classe et d'un accès facile, est d'un encombrement très réduit.